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Argent : le nerf des études ?

@Pexels - Rodnae Productions

Article rédigé par : JULIE LUONG pour STUDEO

Nombreux sont les étudiants à rencontrer des problèmes financiers. La pandémie a encore accentué ces difficultés, avec la perte de certains jobs d’étudiants et les conséquences économiques en cascade dans les familles. Heureusement, des aides existent. Encore faut-il les connaître et les solliciter.

Les données récentes disent toutes la même chose : la précarité étudiante est un problème structurel et croissant. Selon l’étude sur les conditions de vie des étudiants de l’enseignement supérieur en Fédération Wallonie-Bruxelles BDO-Sonecom (2019), un étudiant sur trois est en situation de précarité et plus d’un étudiant sur quatre doit travailler pour payer ses études. La pandémie n’a fait qu’accentuer ce phénomène. « Non seulement certains étudiants ont perdu leur job mais beaucoup ont aussi connu des reports de stage, car l’entreprise ou l’institution était tout simplement fermée. Or l’allongement des études, même de quelques mois, représente un coût important, par exemple quand il s’agit de continuer à payer un logement. Certains étudiants ont aussi des parents qui étaient indépendants et qui ont été directement touchés par la crise sanitaire », commente Dominique Duchâteau, Directrice du Service des affaires étudiantes à l’ULiège.

Des profils divers

Selon une étude menée par l’Observatoire de la vie étudiante de l’ULB auprès de 4.300 membres de sa communauté fin 2020, deux étudiants sur cinq déclarent désormais rencontrer des fins de mois difficiles, voire très difficiles. « La précarité est transversale, analyse Christian Clerebaut, président de la Fédération des étudiants de l’ULiège. Elle touche différents types d’étudiants. Il y a d’abord ceux qui font appel aux CPAS à cause d’une rupture brutale avec la famille pour causes conflictuelles profondes ou décès, entre autres. Ces derniers sont donc sans ressources financières. D’autre part, nous avons les étudiants qui disposent toujours d’un soutien de leurs parents mais pour lesquels cet apport n’est pas suffisant pour subvenir aux besoins quotidiens. Il est donc impératif pour ces étudiants de travailler. »

La précarité étudiante est d’ailleurs le plus souvent invisible, comme le constate Yannis Bakhouche, médecin généraliste bruxellois et président de l’Association pour la solidarité Etudiante en Belgique (ASEB). « Les étudiants qui sont précaires ressemblent aux autres. Ils ne portent pas des vêtements déchirés, il est impossible de les distinguer », souligne celui qui, en 2011, alors qu’il était lui-même étudiant, a lancé une initiative pionnière de récupération des invendus dans les supermarchés. « A cette époque, je voyais des amis en difficultés et parallèlement, je constatais qu’à la gare du Midi, le supermarché mettait de la javel en fin de journée sur ses invendus. Je me suis donc proposé pour pouvoir récupérer les produits, à une époque où il n’existait pas encore de loi contre le gaspillage alimentaire. » Depuis, l’ASEB a sauvé quelque 6000 tonnes de produits invendus et aidé plus de 20 000 étudiants. « Avec la pandémie, on estime que la précarité a augmenté de 40 à 50 %. De 2000 étudiants qui faisaient appel à nous, on est passé à 3000 actuellement », précise Yannis Bakhouche.

« Tout étudiant peut être confronté à une situation de précarité, ajoute Christian Clerebaut. Les inondations à Liège en sont un exemple malheureux : des étudiants sont passés d’une situation confortable à une situation extrêmement délicate. Après les inondations, des étudiants disposant de moyens financiers se sont tout de même retrouvés sans chauffage suite à la pénurie temporaire de pièces ou de personnel qualifié et donc sans eau chaude pour se laver. » Au lendemain des inondations, l’ULiège a ainsi mis en place plusieurs aides spécifiques, notamment le prêt d’ordinateurs portables et de box Internet car, comme le note Dominique Duchâteau, « beaucoup d’étudiants kottaient à Tilff, Chênée ou Angleur, des zones qui ont été particulièrement touchées. »

Demander de l’aide

Alors bien sûr, pour subvenir à leurs besoins, beaucoup d’étudiants travaillent. Si certains jobs peuvent être très enrichissants, d’autres contreviennent à l’équilibre avec les études. « Les jobs étudiants ne sont pas tous adéquats, estime Christian Clerebaut. Faire1h30 de trajet pour jobber, c’est inapproprié, mais malheureusement, c’est le quotidien de certains étudiants. Certains jobs requièrent également une présence constante tout au long de l’année, ce qui ne permet pas à l’étudiant de se focaliser sur ses études aux moments clefs de l’année académique. Quant à d’autres jobs, ils sont éprouvants physiquement et ont donc des répercussions sur le quotidien, au-delà de la prestation effectuée. »

L’étude de l’Observatoire de la vie étudiante de l’ULB a ainsi montré que 65 % des étudiants en situation financière difficile ou très difficile avaient redoublé au moins une fois contre 32,2 % pour les autres. Non seulement parce qu’une situation financière fragile implique de s’investir dans un job, mais aussi parce qu’elle engendre une charge mentale importante. Pas facile de se concentrer sur ses cours tout en se demandant ce qu’on va manger le lendemain. Pas facile non plus de se projeter dans un avenir professionnel quand on se demande si on pourra aller au bout de son année.

« Cette charge mentale peut mettre les étudiants en grande difficulté, commente Magali Thonon, psychologue au Service des affaires étudiantes de l’ULiège. Beaucoup ont l’impression que puisque leur problème est très concret, il faut d’abord qu’ils résolvent ce problème et qu’ils n’ont pas besoin d’un soutien psychologique. Mais souvent, chez ceux qui perdent pied, il s’agit d’un ensemble de choses. » Si beaucoup d’étudiants sont en difficulté financière, beaucoup ignorent en effet aussi les aides auxquelles ils ont droit : bourses, réduction de minerval, aides alimentaires, CPAS… Toujours selon l’étude de l’Observatoire de la vie étudiante de l’ULB, seuls 17,9% des étudiants ayant des fins de mois très difficiles bénéficient d’une aide sociale et près de 38 % des étudiants ignorent s’ils remplissent les conditions pour y avoir droit.

« Aujourd’hui, un étudiant ne doit pas être empêché de poursuivre son cursus pour des raisons financières. Non seulement il existe des aides mais les services comme le nôtre essaient toujours de trouver une réponse individuelle. On aide chacun au plus vite et au plus mieux », insiste Dominique Duchâteau, qui encourage les étudiants à s’informer. Christian Clerebaut souligne pour sa part que si, au cours des dernières années, un effort considérable a été fait par l’administration afin de simplifier les demandes, la démarche conserve un aspect intrusif. « Lors d’une demande d’intervention financière, ce n’est pas seulement l’étudiant qui se met à nu mais toute sa famille. Cela amène des situations parfois paradoxales où les parents doivent fournir leurs fiches de salaire ou la raison de leur endettement à l’étudiant. »

Ce qui peut se révéler particulièrement inconfortable à un âge où l’on essaie précisément de gagner en autonomie. « Je reçois souvent des étudiants qui me disent qu’ils ne veulent pas vivre aux crochets de la société, raconte Magali Thonon, et je leur réponds que c’est au contraire un investissement pour l’avenir, qu’ils ont des droits et que ce coup de pouce leur permettra plus tard d’avoir un travail et d’être acteur au sein de la société. Nous sommes une société où l’entraide existe, où l’on n’est pas tout seul. » Ainsi, faire valoir ses droits est souvent le début d’un cercle vertueux pour retrouver un peu de sérénité et de stabilité… même en temps de crise.

Témoignages

Allan, 22 ans, est étudiant en psycho. Il vient d’entamer sa première année de master et vit en collocation avec sa copine, dans la périphérie de Liège

« Jusqu’au début de la pandémie, j’occupais la maison de mon père avec ma copine mais avec la crise sanitaire, la boîte où travaillait mon père dans le sud de la France a fermé et il a dû rentrer. Nous avons donc dû trouver un appartement. Je reçois une aide de ma famille, qui couvre à peu près la moitié de mes frais. Pour le reste, je travaille. La plupart des jobs que je fais, notamment pendant les vacances, sont des jobs au sein même de l’université. Je suis par exemple chargé de certaines missions dans le domaine de la santé et de l’éducation, ce qui est en lien avec mes études et qui est donc intéressant pour moi. Niveau budget, nous faisons très attention, surtout avec la hausse du coût de l’électricité et de l’essence. J’ai environ 15 euros de plus en plein d’essence par mois et me passer de voiture, je ne pourrais pas, notamment à cause de mes stages. Donc on prévoit tout à l’avance. Par exemple, pour les courses, on a un budget de 60 euros par semaine pour deux et on détaille toutes les promos avant d’aller au supermarché. »

Aisha, 21 ans, est étudiante en bac2 traduction-interprétation. Elle vit avec ses parents et deux de ses trois frères à Eupen

« Jusqu’aux inondations de cet été, tout allait bien. Mais le rez-de-chaussée et la cave de notre maison ont été inondés et mon père, qui est indépendant et faisait du commerce en ligne, a vu tous ses stocks détruits par l’eau. Il n’adonc pas pu payer mes frais d’inscription à l’université cette année ni mes livres ou mes trajets. En habitant à Eupen, je ne peux pas me passer d’un abonnement de train et de bus. Heureusement, l’université a diminué les frais d’inscription de 835 à 485 euros pour les étudiants touchés par les inondations. Pour le reste, je me suis mise à travailler via une agence d’Intérim. Car mes parents doivent aussi aider mon frère aîné qui est parti faire des études à Londres. J’ai été technicienne de surface dans une bibliothèque, j’ai plié du linge dans une blanchisserie, etc. Le problème, c’est que c’est toujours pour quelques semaines seulement, il est donc difficile de s’organiser. Il est déjà arrivé qu’on m’appelle à 8h du matin pour savoir si j’étais libre pour travailler à 9h. J’essaie de ne pas tout accepter, de faire passe les études avant. »

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Écrit par Kotplanet

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