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Rencontre avec Zara Rutherford : pilote d’ULM et étudiante en sciences

@Facebook - Zara Rutherford

Rédigé par Laetitia Theunis pour Studéo

En janvier 2022, à 19 ans, Zara Rutherford devenait la plus jeune femme à réaliser un tour du monde en ULM et en solitaire. Elle profite aujourd’hui de sa notoriété pour inciter les filles à s’inscrire dans les filières de sciences et techniques. Les pieds sur terre, la tête dans les étoiles.

« Née dans une famille d’aviateurs, je vole depuis aussi longtemps que je me souvienne », lance d’emblée Zara Rutherford. Âgée de 19 ans, la Belgo-Britannique basée à Courtrai est devenue en janvier 2022 la plus jeune femme pilote en solitaire autour du monde, et la première femme à réaliser un tour du monde en avion ultra-léger (ULM). 

En septembre prochain, elle devrait entamer un cursus universitaire en ingénierie informatique. Désormais célèbre, elle donne des conférences un peu partout dans le monde. Profitant de son aura, elle n’a de cesse d’inciter les filles à s’inscrire dans les filières académiques STEM (abréviation des termes anglais Science, Technology, Engineering et Mathematics).  

Avancer malgré les embûches

En août 2021, à bord d’un ULM Shark UL, l’un des plus rapide au monde aménagé pour l’occasion en troquant le siège passager pour un second réservoir, Zara s’arrachait du tarmac belge, direction l’ouest. Avec son petit coucou à hélice, elle a traversé l’océan Atlantique et atterri en Islande où elle voyait, depuis son cockpit, les volcans fumer. Elle a ensuite traversé le Canada, la côte est et sud des États-Unis pour rejoindre la Colombie en passant par les Caraïbes. Elle a ensuite mis le cap sur le Panama, le Costa Rica, le Mexique et la côte ouest des États-Unis. La pilote se souvient du survol périlleux de la Californie. 

« Cet État était ravagé par des incendies massifs. Alors que j’étais à 10.000 pieds d’altitude, la fumée rentrait dans l’avion. A mesure que la fumée s’épaississait, les turbulences se faisaient plus fortes, et à un moment, je n’ai plus rien vu du tout. » Il a alors fallu piloter non pas à vue, mais aux instruments. Le tout en ayant du mal à respirer. 

Durant son voyage de quelque 60.000 km, elle a survolé plus de 50 pays. « Le plus difficile a été de survoler la Sibérie, car il faisait extrêmement froid : -35°C au sol. Si le moteur de mon avion s’arrêtait, les secours auraient mis des heures à venir… et je ne sais pas combien de temps je pourrais survivre dans ces conditions », expliquait-elle lors de la conférence de presse donnée juste après son atterrissage final, en janvier 2022, en Belgique. 

Son tour du monde a duré plus longtemps que prévu : 5 mois au lieu de 3. Il a été allongé de deux mois, notamment à cause de problèmes de visa avant d’entrer en Russie. « En attendant mes papiers, j’ai été coincée en Alaska pendant un mois. C’était l’hiver, avec des températures glaciales et un vent très fort », se souvient la jeune femme. A cela s’ajoutent quelques quarantaines liées à la pandémie de Covid-19, et des conditions climatiques pas toujours clémentes. Or avec un petit ULM, impossible de se faufiler à travers les nuages ou de voler de nuit, il faut attendre le retour d’une bonne météo pour reprendre la route. 

Les sciences et techniques, des matières pour les filles

Pour se permettre de vivre cette aventure, Zara est titulaire des licences de pilote privé FAA et britannique ainsi que des licences ULM slovaque et française. Elle a commencé à préparer ses brevets de pilote dès l’âge de 14 ans. « A cet âge-là, j’avais beaucoup de mal à trouver ma place auprès de mes camarades, car j’étais la seule fille qui aimait les avions et les maths, la seule qui voulait devenir ingénieure. S’il y avait plus de femmes dans les domaines scientifiques, les filles se diraient que c’est normal et non spécial d’étudier les sciences. » Une réflexion qui met en exergue la faible représentativité des femmes dans les filières d’études supérieures scientifiques en Belgique. On y compte 20% de femmes pour 80% d’hommes. 

« Par mon parcours, je veux encourager les filles et les jeunes femmes à poursuivre leurs rêves et à entreprendre des carrières liées aux STEM, mais aussi à l’aviation. En effet, 95 % des pilotes de vols commerciaux et 85 % des informaticiens sont des hommes ! Les femmes n’occupent donc que, respectivement, 5 % et 15 % de ces fonctions. L’écart entre les deux sexes est énorme, et il faut que cela change. »

« Cet écart est le reflet de nos rêves. Ils sont façonnés dès la petite enfance par les contes de fées et les modèles auxquels nous sommes exposé.e.s. A travers des jouets, des noms de rue, des cours d’histoire et des films, les petits garçons apprennent rapidement qu’ils pourront devenir scientifiques, astronautes, PDG ou présidents. Rien de tout ça pour l’avenir des petites filles. Elles, elles sont encore souvent encouragées à être juste belles, gentilles, serviables et douces. Avec le succès de mon vol autour du monde, je veux montrer aux jeunes femmes qu’elles aussi peuvent être audacieuses. » Après le ciel, Zara Rutherford vise désormais l’espace. Son rêve ultime ? Devenir astronaute.

Écrit par Kotplanet

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