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Faire la fête au temps du corona

@Pexels - Wendy Wei

Article rédigé par : FLORA EVENO pour STUDEO

À l’heure où l’on espère la réouverture définitive des discothèques, un climat anxiogène s’est installé dans le milieu festif. La covid-19 a fermé les établissements de nuit, contraignant les jeunes à l’isolement ou aux fêtes clandestines, dans un contexte où les mouvements de dénonciation mettent par ailleurs en lumière des violences longtemps tues. Comment continuer à faire la fête ? Rencontre avec Sylvie Van Huffel et Emilie Walewyns.

L’une est coordinatrice du Réseau Safe Ta Night, l’autre chargée de projet pour « Drink Different ». Safe Ta Night est un réseau de première ligne bruxellois qui s’occupe de la réduction des risques en milieu festif. Créé en 2018 par l’association Modus Vivendi, il regroupe sept projets qui agissent sur différents publics et dans différents lieux mais qui veulent faire de la fête un espace plus safe, plus agréable et remettre le plaisir en avant. Sur le terrain, cela peut prendre la forme de stands fixes ou d’équipes mobiles qui informent sur les différents risques liés à l’alcool, la drogue, la santé physique, mentale, sexuelle… Des professionnels et des jobistes formés sont là pour veiller à la santé des fêtard·e·s et des noctambules grâce à des informations utiles, des conseils pratiques, la distribution de matériel, le tout dans la bienveillance.

Comment avez-vous pu rester en lien avec le public étudiant pendant les confinements ? Quels conseils leur avez-vous donné ?

SVH : C’était très compliqué de maintenir le lien, parce que nous ne pouvions plus être avec eux, sur les lieux de fêtes puisqu’elles n’étaient plus autorisées. Nous avons donc développé un kit « Safe house party » pour « bien faire la fête à la maison ». Dans ces boîtes, on pouvait retrouver non seulement du matériel pour réduire les risques de propagation du covid comme du gel hydroalcoolique et des masques mais aussi des préservatifs, du matériel de consommation ou encore des brochures sur la fête et le sexe. Pour nous c’était important de ne pas tout axer sur le covid mais aussi sur les autres risques qui restaient présents.

Pour les étudiant·e·s qui continuaient à faire la fête et qui s’inquiétaient d’attraper le covid, nous leur conseillions de réduire les risques par étapes :

  • Avant d’aller en soirée : se faire checker ou vacciner ;
  • Pendant la soirée : garder ses distances, utiliser du gel, se désinfecter les mains ;
  • Après avoir fait la fête : se faire dépister avec un test PCR.

Ces conseils fonctionnent pour le covid mais aussi pour d’autres types d’infections.

Comment avez-vous créé et distribué le kit en pleine pandémie ?

EW : En règle générale, nous avons des stands sur les lieux de fête qui nous permettent d’informer et conseiller directement. Comme on savait qu’il n’y aurait pas de stand, on a cherché comment atteindre les jeunes. Avec un groupe d’étudiant·e·s, nous avons réfléchi à un kit fun dans lequel on pourrait mettre des jeux et du matériel pour continuer à sensibiliser à distance. Une fois que l’outil a été créé, le plus compliqué a été de pouvoir le distribuer puisque les rassemblements étaient interdits. La fête se faisait plutôt dans les kots. Heureusement, grâce à des partenaires comme ULB Santé, nous avons quand même pu faire passer quelques messages et conseils. On leur disait par exemple de ne pas partager les verres, de mettre son nom dessus, de ne pas faire tourner les joints, ce genre de choses.

Aviez-vous d’autres manières de communiquer avec les étudiant·e·s pour leur transmettre des messages de prévention et veiller sur leur santé ?

SVH : En plus de ce kit, nous avons beaucoup développé nos réseaux sociaux, pour maintenir le lien avec nos publics, notamment les jeunes. Nos pages Facebook et Instagram ont été développées et tournées pour donner des conseils, délivrer des messages de réduction des risques et recueillir aussi les ressentis. Nous avons voulu mettre en valeur leurs propres astuces et précautions alors que les jeunes étaient très stigmatisés dans les médias.

Actuellement on développe notre plus grande campagne qui s’appelle « Tu as les cartes en main », une sorte de tarot avec des messages de réduction des risques. La finalité c’est la sortie d’un filtre Instagram avec un tirage de carte.

En plus du covid, il y a eu le fameux mouvement #balancetonbar qui a révélé des agissements de serveurs et clients qui auraient drogué des jeunes femmes pour abuser d’elles. Un climat anxiogène où l’on demande toujours aux victimes de faire attention alors que la prévention pourrait s’effectuer davantage auprès des potentiels agresseurs. Comment le réseau se positionne-t-il par rapport à ça ?

SVH : Nous avons intégré un groupe de travail existant sur le consentement pour réfléchir à une formation pour les professionnels et les jobistes sur le terrain. Nous travaillons sur un module de sensibilisation qui sera ajouté aux autres déjà existants, proposé au personnel des établissements labellisés Quality Nights [NDLR : un label délivré aux établissements qui font attention à la santé et au bien-être de leur public]. On entend beaucoup parler d’outils de protection comme des capotes de verre [NDLR : un dispositif qui s’installe sur son verre pour protéger sa boisson des personnes mal intentionnées] ou des languettes pour détecter les drogues dans son verre. Le problème c’est qu’effectivement, ça donne la responsabilité à la victime et non à l’auteur. Nous nous positionnons davantage sur la formation du personnel ou des affiches qui ciblent les auteurs de violence.

EW : Avant #balancetonbar, il y a eu aussi #balancetonfolklore, les deux mouvements sont partis du cimetière d’Ixelles et ça touche à peu près le même public jeune étudiant. Le pôle ULB a vraiment pris à bras le corps la thématique et a développé des projets avec des étudiant·e·s. Par exemple, des « safe zones » ont été mises en place en soirée pour accueillir les potentielles victimes. Il y a aussi eu un travail d’information sur la soumission chimique [NDLR : l’utilisation de produits psychotropes à l’insu d’une personne dans le but d’abuser d’elle]. Nous avons aussi mis en place une campagne d’information sur la législation : qu’est-ce qu’on risque si on drogue quelqu’un ? Ce n’est pas le réflexe premier de s’adresser directement aux potentiels responsables de violences, en général on dit plutôt de faire attention… L’ULB travaille beaucoup sur la culture du viol, notamment au sein des cercles et à l’initiative des étudiant·e·s. Il existe même des groupes de discussion pour les agresseurs, pour les faire réfléchir autrement.

Comment continuer à parler de la fête dans un contexte covid ?

SVH : Nous pensons que faire la fête est important et que pour que ça reste un plaisir, celles et ceux qui ont choisi de la faire peuvent réduire les risques, qu’ils soient infectieux, sexuels, auditifs et/ou mentaux.

EW : Les jeunes ont besoin de faire la fête, de se défouler entre deux périodes d’études et de sociabiliser. Il y a eu beaucoup d’isolement ces derniers mois. Les études, c’est un moment où les jeunes doivent faire la fête et être insouciants, le folklore doit permettre ça aussi, de s’échapper à fond.

Plus d’informations sur le réseau Safe Ta Night

Site web : www.safetanight.be

Drink Different

Le projet propose un accompagnement et suivi gratuit pour les établissements d’enseignement supérieur à Bruxelles pour réduire les risques liés à la surconsommation d’alcool en milieu étudiant. Des actions de sensibilisation, des campagnes, des stands et autres services sont mis en place par des professionnels et des jobistes pour alerter sur les risques et prodiguer des conseils utiles pour les étudiant·e·

Quality Nights

C’est un label de qualité pour les lieux festifs. Il est accordé aux établissements qui sont soucieux du bien-être et de la santé de leur public en formant leur personnel et en mettant à disposition de l’eau gratuitement, des préservatifs, des bouchons d’oreilles, des brochures relatives à la santé et des informations sur le retour à domicile. Ce sont les 6 critères obligatoires pour obtenir le label, auxquels peuvent s’ajouter des critères facultatifs mais valorisants comme la mise en place d’un espace chill out, un accès pour les personnes à mobilité réduite, un stand santé, un poste de secours etc.

Tous les lieux labellisés sont à retrouver sur : www.qualitynights.be

Écrit par Kotplanet

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