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La vie en solo, nouvel eldorado ?

@Pexels - Oleksandr Pidvalnyi

Rédigé par Cilou de Bruyn pour Studéo

Autrefois stigmatisé, le célibat se porte aujourd’hui triomphant. Ce serait le nouveau cool glamour, c’est certainement l’affaire d’un marketing de niche. Les célibataires involontaires trouvent leur bonheur dans l’auto-concubinage ! La vie en solo serait-elle le nouvel eldorado ?

À Bruxelles, 55 % de la population est célibataire, selon Statbel, l’office belge des statistiques. 16 % de plus en 10 ans. 74 % des 18-30 ans choisissent le célibat et franchissent le pas du mariage en moyenne vers 36 ans – peut-être parce qu’ils le prennent justement très au sérieux.

« Aujourd’hui, les jeunes ne subissent plus le célibat. Au contraire, ils le vivent à fond, en tirant parti des possibilités qu’il offre. C’est une période où l’on peut découvrir qui l’on est et ce que l’on aime, s’ouvrir à de nouvelles expériences et vivre selon nos propres règles, sans devoir rendre de comptes », commente Lennart Schirmer, Directeur Europe de Tinder. En effet, ils s’en donnent à cœur joie et profitent de cette nouvelle période latente de la vie avant de se poser, sans pour autant chercher l’Amour, mais quand même en mode casting. 

Diktats du développement personnel à l’appui, le célibat revendiqué serait une étape incontournable pour renforcer et entretenir une relation positive avec soi-même. Zéro blabla zéro tracas, le lit à moitié plein, ceux-là n’éprouvent pas le besoin d’être complétés par l’autre. Ils cultivent leur bien-être, leur esprit et leur âme, voyagent à tout âge, pratiquent sport et loisirs, consomment à gogo – plutôt en e-shop – et remplissent les poches des commerçants.

Le célibataire fractionne ses vies autant que ses histoires d’amour en mode fast sex, slow love des milleniums qui ont grandi avec le tout tout de suite. « Le bonheur comme je veux », mantra du célibataire victorieux, lui impose de ne jamais afficher de failles, de regrets ou de ressentiments.

Auto-concubinage 

Bien sûr, le célibataire trentenaire urbain qui bosse dans une start-up profitera davantage de sa situation que le veuf du Borinage au chômage, les facteurs socio-économiques faisant toute la différence. Sans compter que cette apologie du célibat valorisant culpabilise celui qui ne s’y retrouve pas. « II y a une pression énorme pour trouver la bonne personne qui fait qu’on s’engage moins rapidement », note Lucas, 35 ans.


Du coup, certains se réfugient dans les mouvements alternatifs tels que les Incels, Involuntary Celibates. D’après The Washington Post, ils sont généralement jeunes, blancs, hétérosexuels. Ils se définissent comme étant incapables de trouver « une partenaire amoureuse ou sexuelle à cause de la biologie, du néocapitalisme et de la superficialité innée des femmes ! » (sic) Au féminin, les Femcels, célibataires involontaires attribuent leur état à une « non désirabilité » sexuelle et pointent du doigt la tyrannie des canons de beauté standardisés. Jusqu’à se réfugier dans la sologamie ou l’autosexualité pimentée d’autoromantisme. Cet engagement va même jusqu’à l’auto-mariage – pas encore reconnu officiellement, mais faisant le bonheur de certaines entreprises qui flairent là un nouveau business et proposent des kits d’auto-mariage. 

Pour le chercheur Elyakim Kislev « l’automariage, la sologamie et autres pratiques du même type peuvent sembler saugrenues. Mais elles ne sont que des exemples d’un changement fondamental dans notre société, un passage des traditions à l’indépendance, et de l’obéissance à l’expression de soi ». 


Le mouvement LGBTQ+ et la génération Y ont considérablement contribué à la tendance croissante du célibat, car ils s’écartent des traditions, se jouent des opinions, se foutent de l’acceptation sociale. Ils se sentent plus libres de concevoir leur personnalité comme ils l’entendent et d’adapter leur vie en fonction – et non l’inverse. Ces évolutions influencent la façon dont nous pensons les relations sociales et interpersonnelles et fait vaciller les structures familiales en pleine mutation. Se dirige-t-on vers une société où l’on est de plus en plus seul et de plus en plus longtemps ?

La caverne d’Alibaba

En Chine, ce ne sont pas les amoureux que l’on fête mais les célibataires, tant et si bien que le traditionnel Single’s Day est considéré comme l’opération commerciale la plus lucrative au monde pour Alibaba, le géant de l’e-commerce, devant le Black Friday. Il faut dire que traditionnellement, les Chinois ne cherchent pas un partenaire amoureux mais un partenaire de vie. Paradoxalement, chaque week-end, des parents investissent le marché des célibataires de Shanghai, CV à la main pour caser leurs enfants célibataires. L’Angleterre et le Japon ont désormais leur ministre de la Solitude, la France y réfléchirait. Rien de prévu à l’agenda belge.

Écrit par Studeo

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