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Lire et écrire à l’ère digitale

@Pexels - Mikhail Nilov

Rédigé par Laetitia Theunis pour Studéo

Si les écrans peuvent aider au développement du langage et des capacités de lecture, l’écriture manuscrite a encore de beaux jours devant elle.

Les écrans et claviers sont partout. Dès leur plus jeune âge, les enfants s’y trouvent confrontés. Parfois comme baby-sitters à la maison, parfois comme supports à l’apprentissage à l’école. Leurs impacts, notamment sur le développement du langage, des capacités d’écriture et de lecture, sont encore à l’étude. Mais globalement, il y a là à boire et à manger.

« Des études concernant spécifiquement le temps d’exposition aux écrans de télévision révèlent des effets néfastes à forte dose d’exposition en termes de développement du langage, de résultats scolaires, de capacités attentionnelles mais aussi de santé. Rester souvent longtemps devant la télévision peut également provoquer des troubles du sommeil et éventuellement du comportement », explique Martine Poncelet, professeure en neuropsychologie du langage et des apprentissages à l’ULiège. Voilà l’aspect général, mais des nuances sont à apporter. « Dans les familles où l’enfant regarde beaucoup la télévision, mais où il peut discuter avec un adulte de ce qu’il a regardé, on constate que les effets ne sont pas forcément négatifs. Et si les émissions ont un contenu éducatif adapté à l’âge de l’enfant, cela peut même être positif. » 

Écrire, c’est développer des habilités 

« A l’école primaire, l’écriture manuscrite est toujours fortement enseignée car toutes les écoles ne sont pas encore outillées au numérique, ni les enseignants formés à pouvoir enseigner autre chose. A partir de la 3e maternelle, l’enfant apprend à manier un crayon. La compétition avec l’écriture sur clavier ne commence qu’en fin des primaires, vers la sixième. Certains enfants prennent alors l’habitude de réaliser certains travaux sur l’ordinateur de la maison. Ecrire sur une page Word oblige davantage à structurer le travail, et facilite sa correction grâce aux traitements de texte. C’est aussi un gain de temps. Pour peu que l’apprentissage de l’écriture manuscrite perdure, et que les écrans et claviers soient utilisés pour améliorer la production écrite, c’est globalement positif », explique la Pre Poncelet. 

« L’écriture manuscrite, c’est une habilité complexe. Elle prend 2 voire 3 ans pour bien s’installer chez l’enfant afin qu’il soit à l’aise et que ses gestes soient automatisés. Si l’enfant n’y consacre pas assez de temps, il ne sera pas habile et n’aura donc pas envie d’écrire. Faire les gestes corrects afin de bien former les lettres, demande une grande concentration, c’est pourquoi l’enfant a parfois des difficultés à écrire les mots correctement. Quelque part, c’est la même chose avec le clavier : au départ, il faut chercher les lettres, cela demande des efforts. Si l’on veut pouvoir profiter des nouvelles technologies, et à condition que l’écriture manuscrite soit bien maîtrisée, on devrait intégrer vers la 4e primaire des cours pour apprendre à taper avec 10 doigts », poursuit-elle.  

Un jeu vidéo pour apprendre à lire

Quid du développement des capacités de lecture ? Pour les parents qui n’auraient pas le temps, l’envie ou les capacités intellectuelles pour aider l’enfant dans cet apprentissage, il y a le logiciel gratuit Grapholearn. Il s’agit d’un jeu sérieux (ou serious game) sur tablette Android, initialement développé par l’université finlandaise de Jyvaskyla, puis adapté aux spécificités de la langue française par l’équipe du professeur Johannes Ziegler, directeur du laboratoire de psychologie cognitive à l’université de Aix-Marseille. 

« La recherche a prouvé que le décodage graphophonologique est un facteur essentiel pour l’apprentissage de la lecture dans une écriture alphabétique. Pour atteindre le niveau de lecture expert du jeu, celui qui permet à l’enfant de comprendre ce qui est lu, il lui faut avoir automatisé le décodage.  Décoder, c’est passer du code écrit au code oral en mettant en relation les graphèmes avec les unités correspondantes de l’oral, les phonèmes », explique le Pr Ziegler. 

Apprendre à décoder, cela prend du temps. « Plusieurs études ont montré que le temps d’entraînement au décodage nécessaire lors de la première année d’apprentissage de la lecture est de 30h. GraphoLearn est essentiellement basé sur ce décodage. Le contenu a été développé de manière à proposer une quinzaine d’heures d’entraînement. Les premiers niveaux se concentrent sur l’automatisation du décodage. C’est cette automatisation qui permettra à l’enfant de comprendre ce qu’il lit. Puis le jeu va progressivement de la syllabe au mot, et du mot à la phrase, en prenant en compte des compétences langagières au-delà du décodage », poursuit-il. 

« L’utilisation d’un tel logiciel, en parallèle l’apprentissage en classe, permet à l’enfant d’automatiser plus rapidement l’apprentissage des lettres. Et, à terme, de lire plus rapidement et de mieux comprendre ce qu’il lit », conclut la Pre Martine Poncelet. 

Écrit par Studeo

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