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Comment redonner du sens au métier d’infirmier/ière ?

@Pexels - Anna Shvets

Rédigé par Caroline Dunski pour Studéo

Cela fait une dizaine d’années que le secteur annonce la pénurie des infirmiers et infirmières. La crise Covid, en menant à l’épuisement des équipes, a décuplé les difficultés. S’il est nécessaire d’amener les uns à embrasser la carrière, il semble surtout indispensable de convaincre les autres d’y rester.

Les applaudissements qui se faisaient entendre chaque jour à vingt heures lors du premier confinement pour remercier et encourager le personnel des hôpitaux se sont tus et les blouses blanches se sentent à nouveau abandonnées et déconsidérées. Florence Orlandi, cheffe de département de la formation des soins généraux et des spécialisations à la Haute École Léonard de Vinci, constate un déficit général de reconnaissance du métier d’infirmier, même parmi ses proches. 

« On insiste peu sur le côté scientifique et réflexif qui existe vraiment dans notre profession. On n’arrive pas le matin dans le service comme des petits robots, mais on réfléchit beaucoup à ce qu’on va mettre en place pour offrir les meilleurs soins au patient. Mais il y a tellement de soins à faire, que la qualité du soin, pourtant remarquable en Belgique, risque de diminuer. »

« Pour nous, c’est très difficile de mettre en avant les aspects scientifiques, techniques et intellectuels du métier, souligne Sophie Breedstraet, directrice du secteur de la santé de la Haute École Léonard de Vinci. L’infirmier est l’articulation entre le traitement médical posé par le médecin et le traitement vraiment donné au patient. Comment recruter des candidats quand, finalement, la vision de l’on a de ce métier est uniquement négative ? Là où le bât blesse, c’est le manque de reconnaissance académique pour des professionnels qui ont au moins quatre ans d’études, souvent cinq quand ils ont fait un bachelier complémentaire de spécialisation de 60 crédits, et qui restent quand même bacheliers. »

Pour Barbara Schmidt, enseignante et coordinatrice du master en sciences infirmières pour le Consortium de Bruxelles, « ce qui peut motiver les jeunes à aller vers ce métier-là, c’est aussi la rencontre avec l’humain, quelle que soit sa situation, qui est tout à fait passionnante. Bien sûr, on voit des gens malades, qui souffrent, mais appliquer des soins, réfléchir, faire des liens, ça donne du sens. » 

Attirer les candidats vers les filières des soins de santé

Classiquement, pour attirer les candidats vers les filières des soins de santé, les établissements d’enseignement organisent des journées portes ouvertes, participent au printemps des sciences et font des campagnes sur les réseaux sociaux. Le consortium formé par la Haute École Léonard de Vinci, l’association professionnelle Infirmières.be, plus classiquement appelée ACN, et les Cliniques universitaires Saint-Luc, a également produit des capsules audiovisuelles visant à promouvoir le métier. 

« Ces capsules présentent des profils différents de candidats aux études d’infirmières, explique Sophie Breedstraet. Elles sont diffusées sur les réseaux sociaux pour montrer qu’on peut avoir 45 ans, avoir deux enfants, avoir été journaliste ou kiné, brancardier, secrétaire de direction… et décider d’entamer des études d’infirmière. On a aussi une catégorie à part constituée par des réfugiés politiques et, chaque année, même si ce n’est pas du tout une majorité, des personnes au chômage, dont les études sont financées. »

Dans le cadre du projet #ChoisisLesSoins, des personnes qui travaillent en dehors du secteur des soins et qui souhaitent se reconvertir peuvent suivre une formation d’aide-soignante ou d’infirmière tout en étant rémunérées pendant leur formation, de façon à ce qu’elles puissent rejoindre le secteur immédiatement après leur formation. En 2021, 446 personnes ont entamé une formation dans le cadre de ce projet financé par le budget formation du Fonds Blouses blanches, créé en 2019 par le gouvernement fédéral pour développer l’emploi en finançant, entre autres, la création nette d’emplois. Et, dès septembre cette année, 478 personnes sauteront aussi le pas.

Le défi de la rétention du métier

Olivier Gendebien, président de l’association belge des praticiens de l’art infirmier (ACN) constate toutefois que « sur papier, quand on voit le nombre d’infirmières qui sortent de l’école et le nombre d’infirmières dont on a besoin, il n’y a pas de pénurie. Il y a assez d’infirmières diplômées en Belgique, mais le problème est que, après X années de travail, elles ne travaillent plus dans les unités de soins et quittent le métier. Le problème réside donc avant tout dans la rétention du métier. Or, avec les évolutions sociétales, il y a de plus en plus de familles monoparentales, avec des mères qui élèvent leurs enfants seules et qui ont beaucoup de difficulté à exercer leur métier d’infirmière avec les horaires irréguliers que cela représente. Beaucoup de gens quittent aussi le secteur pour des questions de salaire ou pour les conditions de travail et parce qu’ils manquent de temps pour établir une relation privilégiée avec le patient de façon à le soigner de manière holistique dans toutes ses dimensions, comme on le leur a appris à l’école. »

Mieux différencier les fonctions

Les nouvelles générations, les X, Y, Z et bientôt les alphas qui arrivent, ont besoin de valeurs, d’une bonne ambiance de travail et, surtout, que l’on redonne du sens à leur travail. Au Canada, les hôpitaux ont observé que 25 à 35% du temps infirmier dans une journée est consacré à du travail qui peut être fait par d’autres profils. Il s’agit donc de trouver une façon de décharger les infirmières de tâches qui n’ont pas de valeur ajoutée, comme aller chercher les chariots repas, répondre au téléphone pour dire si le patient a bien dormi… en créant une nouvelle profession, que l’on pourrait appeler « assistant de soins » ou « aide infirmier », et qui pourrait assurer des soins un peu plus techniques pour permettre à l’infirmière d’assurer un soin plus global du patient.

Il est peu dire que le secteur attend avec impatience les résultats des travaux entamés lors de la rentrée académique précédente à l’initiative de Frank Vandenbroucke, ministre de la Santé, au sein des groupes de travail consacrés à la formation initiale et aux spécialisations. En espérant une grille claire de différenciation des fonctions.

Écrit par Studeo

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